{"id":4071,"date":"2022-10-17T12:29:39","date_gmt":"2022-10-17T11:29:39","guid":{"rendered":"https:\/\/cime-innovation-management-expertise.com\/?p=4071"},"modified":"2022-10-24T12:36:10","modified_gmt":"2022-10-24T11:36:10","slug":"4071-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cime-innovation-management-expertise.com\/en\/4071-2\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Quiet quitting\u00a0\u00bb : Au-del\u00e0 du buzz, ce que r\u00e9v\u00e8lent les \u00ab\u00a0d\u00e9missions silencieuses\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Article de Ma\u00eblezig Bigi, Chercheuse affili\u00e9e au Centre d\u2019\u00e9tudes de l\u2019emploi et du travail, Co-directrice du Groupe d\u2019\u00e9tudes sur le travail et la sant\u00e9 au travail (GIS Gestes), Ma\u00eetresse de conf\u00e9rences en sociologie, Conservatoire national des arts et m\u00e9tiers (CNAM), republi\u00e9 \u00e0 partir de <a href=\"https:\/\/theconversation.com\">The Conversation<\/a> sous licence Creative Commons. Lire l\u2019<a href=\"https:\/\/theconversation.com\/quiet-quitting-au-dela-du-buzz-ce-que-revelent-les-demissions-silencieuses-192267\">article original<\/a>.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En septembre dernier, l\u2019institut de sondage Gallup avan\u00e7ait que <a href=\"https:\/\/www.gallup.com\/workplace\/398306\/quiet-quitting-real.aspx\">50\u00a0% des salari\u00e9s \u00e0 temps plein ou temps partiel<\/a> de plus de 18\u00a0ans aux \u00c9tats-Unis seraient des \u00ab\u00a0d\u00e9missionnaires silencieux\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0quiet quitters\u00a0\u00bb), qui d\u00e9signeraient les personnes qui \u00ab ne se surpassent pas au travail et se contentent de r\u00e9pondre \u00e0 la description de leur poste \u00bb.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t, le terme \u00ab\u00a0quiet quitting\u00a0\u00bb s\u2019est impos\u00e9 dans le d\u00e9bat public et de nombreux m\u00e9dias fran\u00e7ais ont expos\u00e9 cette tendance.<\/p>\n<p>Certes, il reste trop t\u00f4t pour mesurer plus pr\u00e9cis\u00e9ment et avec une m\u00e9thodologie fiable les r\u00e9alit\u00e9s derri\u00e8re ce mot. L\u2019\u00e9volution de la dur\u00e9e du travail, du moins pour les cadres, fournirait par exemple un meilleur indicateur. Cependant, l\u2019apparition de ce \u00ab\u00a0buzzword\u00a0\u00bb reste int\u00e9ressante car elle signale une forme d\u2019inqui\u00e9tude des employeurs vis-\u00e0-vis du consentement de leurs salari\u00e9s \u00e0 s\u2019engager dans leur travail autant qu\u2019ils le souhaiteraient, dans le prolongement du \u00ab\u00a0big quit\u00a0\u00bb, (\u00ab\u00a0la <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/le-mystere-de-la-grande-demission-comment-expliquer-les-difficultes-actuelles-de-recrutement-en-france-173454\">grande d\u00e9mission<\/a>\u00a0\u00bb), qui avait atteint \u00e0 son paroxysme 4,3\u00a0millions de d\u00e9parts dans les entreprises am\u00e9ricaines pour le seul mois d\u2019ao\u00fbt 2021.<\/p>\n<h2>Une inqui\u00e9tude ancienne<\/h2>\n<p>Cette inqui\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des salari\u00e9s qui se limiteraient au minimum est d\u2019ailleurs tr\u00e8s ancienne. Il y a plus d\u2019un si\u00e8cle, les travaux de Frederick Taylor, p\u00e8re de l\u2019organisation scientifique du travail, visaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 d\u00e9busquer et supprimer la <a href=\"https:\/\/www.lesechos.fr\/2014\/07\/frederick-taylor-pere-de-lorganisation-scientifique-du-travail-306063\">\u00ab\u00a0fl\u00e2nerie syst\u00e9matique\u00a0\u00bb<\/a> des ouvriers.<\/p>\n<p>\u00c0 ce titre, le quiet quitting peut \u00e9voquer de nombreuses notions en sociologie du travail et des organisations telles que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La gr\u00e8ve du z\u00e8le<\/strong>, qui consiste \u00e0 ne faire que ce qui est prescrit et \u00e0 respecter scrupuleusement les r\u00e8gles. Or, comme l\u2019ergonomie l\u2019a bien montr\u00e9, l\u2019\u00e9cart entre le travail prescrit et le travail r\u00e9el est n\u00e9cessaire au bon d\u00e9roulement de l\u2019activit\u00e9. Lorsque plus personne ne s\u2019\u00e9carte du prescrit pour que \u00ab\u00a0\u00e7a marche\u00a0\u00bb, ni individuellement ni collectivement, <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/autog_0338-7259_1970_num_13_1_1796\">plus rien n\u2019est possible<\/a>.<\/li>\n<li><strong>Le freinage<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire la limitation volontaire de la production. Comme l\u2019a montr\u00e9 le sociologue Donald Roy, <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/socco_1150-1944_2000_num_40_1_1812\">dans une \u00e9tude devenue classique<\/a> r\u00e9alis\u00e9e dans un atelier de m\u00e9canique d\u2019une grande usine am\u00e9ricaine, les ouvriers pourraient en faire plus.<\/li>\n<li><strong>Le retrait<\/strong>. Dans la typologie des <a href=\"https:\/\/www.scienceshumaines.com\/la-construction-des-identites-au-travail_fr_4063.html\">mod\u00e8les de sociabilit\u00e9 au travail<\/a> du sociologue fran\u00e7ais Renaud Sainsaulieu cette identit\u00e9 d\u00e9signe les salari\u00e9s qui s\u2019impliquent peu professionnellement au profit de leur sph\u00e8re personnelle, notamment pour faire face \u00e0 un manque de perspectives et de reconnaissance.<\/li>\n<li><strong>L\u2019apathie<\/strong>, qui d\u00e9signe une posture face au travail que l\u2019\u00e9conomiste belge Guy Bajoit a ajout\u00e9e \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre la typologie des r\u00e9actions face au m\u00e9contentement d\u2019Albert Hirschmann (<em>exit, voice, loyalty<\/em>) et pourrait s\u2019apparenter au quiet quitting dans la mesure o\u00f9 elle provoque une <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/rfsoc_0035-2969_1988_num_29_2_2503\">\u00ab\u00a0d\u00e9t\u00e9rioration de la coop\u00e9ration\u00a0\u00bb<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans l\u2019ouvrage <a href=\"https:\/\/www.lisez.com\/livre-grand-format\/travailler-au-xxie-siecle\/9782221144749\"><em>Travailler au XXI\u1d49 si\u00e8cle<\/em><\/a> (\u00c9ditions Laffont, 2015), nous avons montr\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit de faire le minimum attendu du poste, pour se prot\u00e9ger d\u2019une profonde d\u00e9ception \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un travail auquel on \u00e9tait initialement tr\u00e8s attach\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, Nadine, infirmi\u00e8re \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, d\u00e9plore la trop grande coupure qui s\u2019est faite entre elles et les m\u00e9decins, les rel\u00e9guant au rang de \u00ab\u00a0techniciennes\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0On ne sait pas si l\u2019enfant a une infection ou s\u2019ils mettent un traitement, pourquoi\u2026 on met le m\u00e9dicament et voil\u00e0\u00a0\u00bb, d\u00e9plore-t-elle. Pour elle, l\u2019apathie s\u2019impose comme un m\u00e9canisme de d\u00e9fense depuis qu\u2019elle estime ne plus pouvoir \u00ab\u00a0prendre des initiatives\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019elle fait\u00a0\u00bb. Toutefois, se contraindre \u00e0 un fonctionnement apathique ne suffit pas toujours \u00e0 rendre les souffrances au travail soutenables.<\/p>\n<p>Pour Florence, gestionnaire dans une mutuelle, qui a connu de nombreuses fusions et rationalisations d\u2019une activit\u00e9 qu\u2019elle ne supporte plus, l\u2019apathie s\u2019accompagne d\u2019une prise de m\u00e9dicaments\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0On se dope aux m\u00e9dicaments. Moi j\u2019ai pris pendant quelque temps des antid\u00e9presseurs et je ne suis pas la seule. [\u2026] Parce que je n\u2019ai plus envie de travailler. Le travail ne me pla\u00eet pas, je le fais parce qu\u2019il faut bien gagner sa vie. [\u2026] Par exemple, la mise \u00e0 jour des comptes de points pour les agents, je ne supporte plus\u00a0! Je serais capable d\u2019accepter n\u2019importe quel boulot pour ne pas faire \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Demande de sens<\/h2>\n<p>Le taux de d\u00e9mission, c\u2019est-\u00e0-dire le nombre de salari\u00e9s qui d\u00e9missionnent par rapport au nombre total de salari\u00e9s, \u00e9tait de <a href=\"https:\/\/dares.travail-emploi.gouv.fr\/publication\/la-france-vit-elle-une-grande-demission\">2,7\u00a0% au premier trimestre 2022<\/a>. Ce taux est \u00e9lev\u00e9 mais pas in\u00e9dit si l\u2019on remonte \u00e0 la crise financi\u00e8re de 2008. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un indicateur qui baisse habituellement pendant les crises et augmente avec les reprises. Pour l\u2019immense majorit\u00e9 des salari\u00e9s, la d\u00e9mission ne constitue donc pas une option pour faire face \u00e0 un travail qui n\u2019aurait plus de sens ou dont les conditions de travail seraient trop dures. Le taux d\u2019emploi a d\u2019ailleurs atteint un niveau historiquement \u00e9lev\u00e9 au premier trimestre 2021 <a href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/5871518\">selon l\u2019Insee<\/a>, avec 73\u00a0% d\u2019individus en emploi parmi les 15-64\u00a0ans.<\/p>\n<p><iframe id=\"qzX0C\" class=\"tc-infographic-datawrapper\" style=\"border: none;\" src=\"https:\/\/datawrapper.dwcdn.net\/qzX0C\/1\/\" width=\"100%\" height=\"400px\" frameborder=\"0\"><\/iframe><\/p>\n<p>Toutefois, selon la Direction de l\u2019animation de la recherche, des \u00e9tudes et des statistiques (Dares), l\u2019attachement au sens du travail a progress\u00e9 au plus fort des contraintes sanitaires. En janvier 2021, pr\u00e8s de <a href=\"https:\/\/dares.travail-emploi.gouv.fr\/sites\/default\/files\/9bdbcec60416e2944c584578463f5e0a\/Dares%20Analyses_Conditions-de-travail_RPS_Consequences-crise-sanitaire.pdf\">20\u00a0% des actifs<\/a> ont d\u00e9clar\u00e9 ressentir un plus grand sentiment d\u2019utilit\u00e9 ou de fiert\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur travail, tandis que 10\u00a0% d\u2019entre eux indiquaient au contraire une d\u00e9gradation du sens du travail. La crise sanitaire et ses confinements ont ainsi pu permettre aux travailleurs et travailleuses une prise de recul sur les conditions et le sens du travail.<\/p>\n<p>[<em>Pr\u00e8s de 80 000 lecteurs font confiance \u00e0 la newsletter de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde<\/em>. <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/fr\/newsletters\/la-newsletter-quotidienne-5?utm_source=inline-70ksignup\">Abonnez-vous aujourd&#8217;hui<\/a>]<\/p>\n<p>Soulignons que le sens du travail constitue une pr\u00e9occupation ancienne. En effet, les grandes enqu\u00eates internationales qui sont conduites depuis les ann\u00e9es\u00a01980 montrent plus largement que les Fran\u00e7ais accordent une tr\u00e8s grande importance au travail comme <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-00276220\/document\">activit\u00e9 pourvoyeuse de revenu et de dignit\u00e9<\/a>. En 2015, une enqu\u00eate du Centre d\u2019\u00e9tudes et de recherches sur les qualifications (Cereq) montrait d\u2019ailleurs que <a href=\"https:\/\/www.cereq.fr\/sites\/default\/files\/2022-02\/Bref418-web.pdf\">33\u00a0% des salari\u00e9s souhaitaient changer de m\u00e9tier<\/a>, pour des raisons qui m\u00ealent toujours le sens et les conditions de travail.<\/p>\n<ul>\n<li>Les employ\u00e9s et les ouvriers les moins qualifi\u00e9s mettent en avant leur volont\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9, li\u00e9e par exemple \u00e0 la perspective d\u2019un plan de sauvegarde de l\u2019emploi ou \u00e0 une situation de cumul d\u2019employeurs intenable.<\/li>\n<li>Pour les employ\u00e9s et les ouvriers qualifi\u00e9s, le d\u00e9sir de changement r\u00e9pond \u00e9galement \u00e0 une volont\u00e9 de mettre \u00e0 distance la pr\u00e9carit\u00e9 et la peur du d\u00e9classement, mais ces derniers d\u00e9clarent aussi un refus des t\u00e2ches r\u00e9p\u00e9titives et p\u00e9nibles, ou encore leur volont\u00e9 de mieux concilier vies personnelle et professionnelle\u00a0;<\/li>\n<li>Enfin, les cadres et professions interm\u00e9diaires soulignent eux aussi la crainte de perdre leur emploi mais soulignent \u00e9galement le d\u00e9calage entre leurs aspirations personnelles et le sens de leur activit\u00e9 professionnelle, de m\u00eame que certains conflits \u00e9thiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, pour l\u2019ensemble des cat\u00e9gories socioprofessionnelles, la question se pose bien souvent en termes de sant\u00e9, qu\u2019elle soit physique ou mentale. En effet, les <a href=\"https:\/\/www.senat.fr\/rap\/r09-642-1\/r09-642-11.html\">salari\u00e9s souffrent lorsque leur travail leur parait absurde<\/a>, de mauvaise qualit\u00e9, non reconnu, mais aussi lorsqu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9 dans des conditions insoutenables.<\/p>\n<p>Ainsi, la \u00ab\u00a0d\u00e9mission silencieuse\u00a0\u00bb n\u2019est probablement pas le choix froid et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d\u2019individus maximisateurs mais rel\u00e8verait plut\u00f4t de la mise en place spontan\u00e9e d\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense lorsque le travail n\u2019est plus tenable. M\u00e9canisme de d\u00e9fense pour att\u00e9nuer le sentiment d\u2019absurdit\u00e9, le manque de reconnaissance qu\u2019il provienne des coll\u00e8gues, des sup\u00e9rieurs ou qu\u2019il soit salarial, c\u2019est-\u00e0-dire en termes de partage de la valeur.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019on peut comprendre la gr\u00e8ve, \u00e0 l\u2019origine des <a href=\"https:\/\/www.ouest-france.fr\/pays-de-la-loire\/loire-atlantique\/carte-greve-chez-total-la-loire-atlantique-preservee-pour-l-instant-de-la-penurie-de-carburant-3345fee8-4647-11ed-b6ec-c73987703fc3\">p\u00e9nuries de carburants<\/a> qui touchent actuellement la France des salari\u00e9s de Total, qui ne comprennent pas pourquoi les b\u00e9n\u00e9fices records de leur entreprise ne les concerneraient pas.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Pourquoi les travailleurs travaillent-ils autant\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Comme le rappelle Marx, dans les <em>Grundrisse<\/em> ou <a href=\"https:\/\/books.google.fr\/books\/about\/Fondements_de_la_critique_de_l_economie.html?id=NiwHzgEACAAJ&amp;redir_esc=y\"><em>Fondements de la critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em><\/a>, dans un monde o\u00f9 les travailleurs sont \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb de vendre leur force de travail, la question de la coop\u00e9ration s\u2019impose comme fondement du syst\u00e8me de production capitaliste. Il se pourrait donc que des notions telles que le quiet quitting ou le big quit s\u2019imposent aujourd\u2019hui car elles traduisent une inqui\u00e9tude \u00e0 propos du maintien des modes de coop\u00e9rations (disponibilit\u00e9, intensit\u00e9, investissement subjectif et \u00e9motionnel, etc.) et donc du consentement de la force de travail \u00e0 collaborer dans le r\u00e9gime de travail actuel.<\/p>\n<p>Faut-il partager cette inqui\u00e9tude\u00a0? Au contraire, si la \u00ab\u00a0d\u00e9mission silencieuse\u00a0\u00bb consiste, pour les travailleurs et travailleuses, \u00e0 s\u2019interroger sur qui est contractuellement attendu d\u2019eux, \u00e0 \u00e9valuer l\u2019\u00e9cart entre ce qu\u2019ils font et ce qui leur est pay\u00e9, puis \u00e0 renoncer \u00e0 effectuer tout ou partie de ce travail gratuit, alors la somme de ces comportements individuels pourrait avoir une port\u00e9e politique en remettant en question le fonctionnement du syst\u00e8me productif.<\/p>\n<p>Dans les trois fonctions publiques, le bon accomplissement des missions de service public repose pour une part significative sur ce surtravail\u00a0: que l\u2019on pense par exemple aux <a href=\"https:\/\/www.leparisien.fr\/economie\/hopital-et-police-plus-de-40-millions-d-heures-supplementaires-en-stock-et-non-payees-28-10-2020-8405418.php\">heures suppl\u00e9mentaires non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es<\/a> dans le secteur du soin, de l\u2019\u00e9ducation, de la police ou de la justice\u00a0! Et dans le secteur priv\u00e9, la cr\u00e9ation de plus-value repose notamment sur le surtravail des salari\u00e9s, sans qu\u2019ils en voient les b\u00e9n\u00e9fices. Pourtant, comme nous le montrons dans une <a href=\"https:\/\/www.archives-ouvertes.fr\/hal-02493476\/\">\u00e9tude<\/a> comparative entre la France et la Finlande, la disponibilit\u00e9 professionnelle limit\u00e9e aux attendus du contrat est parfaitement compatible avec des exigences de productivit\u00e9 \u00e9lev\u00e9es.<\/p>\n<p>Le quiet quitting pourrait ainsi constituer une invitation \u00e0 cesser de d\u00e9plorer le manque d\u2019engagement des travailleurs et travailleuses, pour plut\u00f4t se demander, avec le sociologue britannique Michael Burawoy dans son ouvrage <a href=\"http:\/\/burawoy.berkeley.edu\/Books\/MC\/Three.pdf\"><em>Produire le consentement<\/em><\/a>, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2022\/06\/10\/les-travailleurs-participent-activement-a-leur-propre-servitude-volontaire_6129704_3232.html\">\u00ab\u00a0pourquoi travaillent-ils autant\u00a0\u00bb<\/a>\u00a0? Ce serait alors l\u2019occasion de mieux reconna\u00eetre que le bon fonctionnement des organisations d\u00e9pend de ce que les travailleurs et travailleuses font en plus de ce qui est attendu contractuellement d\u2019eux, et ceux dans tous les m\u00e9tiers et cat\u00e9gories socioprofessionnelles, des ouvriers aux cadres.<!-- Ci-dessous se trouve le compteur de pages de The Conversation. Veuillez ne pas l'enlever. --><img data-opt-id=1087239388  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" style=\"border: none !important; box-shadow: none !important; margin: 0 !important; max-height: 1px !important; max-width: 1px !important; min-height: 1px !important; min-width: 1px !important; opacity: 0 !important; outline: none !important; padding: 0 !important;\" src=\"https:\/\/counter.theconversation.com\/content\/192267\/count.gif?distributor=republish-lightbox-basic\" alt=\"The Conversation\" width=\"1\" height=\"1\" \/><!-- Fin du code. 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