{"id":2550,"date":"2020-04-18T08:35:03","date_gmt":"2020-04-18T07:35:03","guid":{"rendered":"https:\/\/cime-innovation-management-expertise.com\/?p=2550"},"modified":"2021-09-20T12:19:42","modified_gmt":"2021-09-20T11:19:42","slug":"pensez-lapres-en-quoi-camus-est-il-indispensable-pour-nous-aider-a-sortir-de-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cime-innovation-management-expertise.com\/en\/pensez-lapres-en-quoi-camus-est-il-indispensable-pour-nous-aider-a-sortir-de-la-crise\/","title":{"rendered":"Pensez l&#8217;apr\u00e8s : en quoi Camus est-il indispensable pour nous aider \u00e0 sortir de la crise"},"content":{"rendered":"<p><!-- Fin du code. Si vous ne voyez aucun code ci-dessus, veuillez obtenir un nouveau code dans l'onglet \u00ab Avanc\u00e9 \u00bb apr\u00e8s avoir cliqu\u00e9 sur le bouton \u00ab Republier \u00bb. Le compteur de pages ne collecte aucune donn\u00e9e personnelle. Plus d'informations : http:\/\/theconversation.com\/republishing-guidelines --><\/p>\n<p>Par\u00a0<a href=\"https:\/\/theconversation.com\/profiles\/laurent-bibard-857019\">\u00a0Laurent Bibard<\/a>, Professeur en management, titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexit\u00e9, <em><a href=\"https:\/\/theconversation.com\/institutions\/essec-2330\">ESSEC <\/a><\/em><\/p>\n<p>Cet article est republi\u00e9 \u00e0 partir de <a href=\"https:\/\/theconversation.com\">The Conversation<\/a> sous licence Creative Commons. Lire l\u2019<a href=\"https:\/\/theconversation.com\/penser-lapres-en-quoi-camus-est-il-indispensable-pour-nous-aider-a-sortir-de-la-crise-135647\">article original<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure><img data-opt-id=1912838682  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328424\/original\/file-20200416-192715-969i63.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=5%2C502%2C3988%2C2964&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" \/><figcaption>Pour aborder la crise actuelle, l&#8217;humilit\u00e9 est de mise.<br \/>\n<span class=\"attribution\"><a class=\"source\" href=\"https:\/\/www.shutterstock.com\/fr\/image-illustration\/abstract-image-climber-helmet-which-climbs-309183671\">Shutterstock\/Yuriy2012<\/a><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Les chercheuses et les chercheurs qui contribuent chaque jour \u00e0 alimenter notre m\u00e9dia en partageant leurs connaissances et leurs analyses \u00e9clair\u00e9es jouent un r\u00f4le de premier plan pendant cette p\u00e9riode si particuli\u00e8re. En leur compagnie, commen\u00e7ons \u00e0 penser la vie post-crise, \u00e0 nous outiller pour interroger les causes et les effets de la pand\u00e9mie, et pr\u00e9parons-nous \u00e0 inventer, ensemble, le monde d\u2019apr\u00e8s.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Il y a deux raisons essentielles pour lesquelles Camus nous est indispensable pour sortir de la crise. La premi\u00e8re concerne un extrait de <em>La Peste<\/em> qui fait l\u2019objet d\u2019une abondante diffusion sur les r\u00e9seaux sociaux. La deuxi\u00e8me, moins aper\u00e7ue, est pr\u00e9cieuse si l\u2019on veut apprendre de Camus \u00e0 vivre autrement. Ces deux raisons ont un socle commun, celui des \u00e9vidences de notre temps, qui est le temps du triomphe du capitalisme depuis l\u2019effondrement du bloc sovi\u00e9tique (le \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb chinois est loin d\u2019\u00eatre communiste au sens propre).<\/p>\n<p>Le capitalisme partage, avec le marxisme et avec les id\u00e9ologies les plus extr\u00eames de notre temps \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire ici des deux derniers si\u00e8cles de l\u2019histoire du monde \u2013, le go\u00fbt des \u00ab\u00a0perfections\u00a0\u00bb, et de ce qui est total, au sommet absolu des possibles. Il suffit pour s\u2019en convaincre d\u2019avoir \u00e0 l\u2019esprit des expressions comme \u00ab\u00a0rationalit\u00e9 pure et parfaite\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0maximisation du profit ou de la satisfaction\u00a0\u00bb en th\u00e9orie \u00e9conomique, ou encore sur les plans \u00e0 la fois th\u00e9orique et pratique \u00ab\u00a0z\u00e9ro stocks\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0z\u00e9ro d\u00e9lai\u00a0\u00bb,\u00a0\u00bb z\u00e9ro risque\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0z\u00e9ro d\u00e9faut\u00a0\u00bb\u00a0; enfin de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab\u00a0contr\u00f4le\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb, via des processus de \u00ab\u00a0reporting\u00a0\u00bb syst\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Dans le monde de la gestion, le fantasme de perfection revient au fantasme de trouver la recette miracle, qui garantirait la prosp\u00e9rit\u00e9 des entreprises, voire du monde entier \u2013 nonobstant la comp\u00e9tition de plus en plus \u00e2pre que tout le monde s\u2019impose \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p>Cet \u00ab\u00a0extr\u00e9misme\u00a0\u00bb des attentes, des pr\u00e9suppositions et des attitudes est profond\u00e9ment probl\u00e9matique, car il alimente de mani\u00e8re pernicieuse, d\u00e9ni\u00e9e, et peu visible, des jugements tout aussi extr\u00eames de tous contre tous. Nous pourrions aller, sans nous en apercevoir, vers une guerre radicale de tous contre tous, que le syst\u00e8me \u00e9conomique et financier mondial nourrit abondamment.<\/p>\n<p>Ne pas aggraver la crise\u00a0: \u00e9viter tout esprit d\u2019accusation<\/p>\n<p>C\u2019est sur ce premier point que Camus est en effet d\u2019abord indispensable. Camus n\u2019accuse jamais personne\u00a0: il observe, comprend, imagine. Dans <em>La Peste<\/em>, il fait observer ceci au d\u00e9but de la maladie, citation abondamment diffus\u00e9e ces derniers temps sur les r\u00e9seaux sociaux\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Personne n\u2019avait encore accept\u00e9 r\u00e9ellement la maladie. La plupart \u00e9taient surtout sensibles \u00e0 ce qui d\u00e9rangeait leurs habitudes ou atteignait leurs int\u00e9r\u00eats. [\u2026] Leur premi\u00e8re r\u00e9action, par exemple, fut d\u2019incriminer l\u2019administration.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Deux le\u00e7ons sont \u00e0 retenir pour nous dans cette citation\u00a0: sur le d\u00e9ni d\u2019abord, sur les accusations ensuite.<\/p>\n<figure class=\"align-center \"><img data-opt-id=1723010404  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" sizes=\"(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px\" srcset=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=485&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=485&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=485&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=610&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=610&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328438\/original\/file-20200416-192703-9twfps.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=610&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w\" alt=\"\" \/><figcaption><span class=\"attribution\"><a class=\"source\" href=\"https:\/\/www.shutterstock.com\/fr\/image-illustration\/abstract-silhouette-mountaineer-who-climbs-mountains-309185864\">Yuriy2012<\/a><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<h2>Sur le d\u00e9ni<\/h2>\n<p>Il est d\u2019abord humain \u2013 \u00ab\u00a0trop humain\u00a0\u00bb dirait Nietzsche \u2013, de nier lorsqu\u2019elle appara\u00eet, une catastrophe aussi radicale qu\u2019une \u00e9pid\u00e9mie, et qui plus est une pand\u00e9mie. Il est \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb de ne pas vouloir voir une telle chose, car nous avons tous besoin de simplicit\u00e9 et d\u2019\u00e9vidences pour conduire notre vie au quotidien. C\u2019est par la r\u00e9p\u00e9tition de gestes ordinaires connus, bien appris, qui marchent bien, \u00e9vidents, que nos vies nous sont \u00e0 la fois possibles et supportables. Nous sommes toutes et tous pris t\u00f4t ou tard dans ce que nous pourrions appeler nos \u00ab\u00a0zones de confort\u00a0\u00bb. Et c\u2019est vital.<\/p>\n<p>Il importe, pour bien mesurer ce qui est en jeu, d\u2019observer ce qui fait nos zones de confort, avant m\u00eame nos l\u00e2chet\u00e9s, nos int\u00e9r\u00eats, et nos ent\u00eatements. Font partie de nos zones de confort la langue que l\u2019on parle, la mani\u00e8re dont nous sommes en relation avec les autres, la mani\u00e8re dont nous nous alimentons, nos r\u00e9flexes lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre une douche ou de se faire un caf\u00e9, etc. C\u2019est ce quotidien le plus ordinaire qui fait nos zones de confort. Et bien \u00e9videmment, cela s\u2019\u00e9tend au domaine du travail lorsque l\u2019on a la chance d\u2019avoir un emploi. Autrement dit, nous ne pouvons pas ne pas adosser nos vies quotidiennes \u00e0 toutes sortes de mani\u00e8res de faire les choses, et d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9vidences\u00a0\u00bb, s\u2019il s\u2019agit de vivre. Et nous nous accrochons \u00e0 nos habitudes et \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats lorsque nous en pressentons la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Le d\u00e9sarroi vient pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque les \u00e9vidences deviennent impossibles, lorsque \u00ab\u00a0tout devient un combat\u00a0\u00bb comme dit Cabrel.<\/p>\n<p>Si tout nous devient un combat, y compris par exemple de marcher debout comme cela nous est venu normalement d\u00e8s la prime enfance, alors la vie est impossible, et peut survenir jusqu\u2019\u00e0 la folie. Il arrive en psychiatrie de rencontrer des patients dont l\u2019alt\u00e9ration des \u00e9vidences va jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oubli de la marche debout.<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment le deuxi\u00e8me aspect de notre humanit\u00e9\u00a0: nous sommes tous capables de mettre en question toutes nos \u00e9vidences, et sans devenir fous. Nous sommes tous capables d\u2019interroger nos zones de confort et de prendre du recul par rapport \u00e0 ce qu\u2019elles repr\u00e9sentent. Autrement dit, nous sommes tous capables de douter, et d\u2019accepter de constater que ce qui nous \u00e9tait certitude, adossement, repos, dispara\u00eet sous nos pieds. C\u2019est cela l\u2019humanit\u00e9 au sens fort\u00a0: \u00eatre capable de douter, de prendre du recul, et de d\u00e9couvrir que la mani\u00e8re de vivre que nous avions eue n\u2019\u00e9tait en fait peut-\u00eatre pas si bonne que cela, voire mauvaise, et soudain plus viable. Nous sommes tous capables de cet \u00e9cart par rapport \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats les plus habituels, les plus convenus, et de recommencer \u00e0 vivre, en mettant sur le m\u00e9tier d\u2019autres mani\u00e8res de vivre.<\/p>\n<p>Camus sait ces deux aspects de notre humanit\u00e9, tendue entre zones de confort et interrogation. Et rien n\u2019est entrepris dans sa litt\u00e9rature pour y juger qui que ce soit. Il n\u2019est jamais pour lui question d\u2019accuser mais d\u2019accompagner les hommes dans leurs faiblesses, tendrement, presque paternellement, vers le d\u00e9passement de leur d\u00e9route, aussi absurde que soit le monde. On trouve chez Camus du christianisme, ce que le Christ sur le point de mourir demande \u00e0 son p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu\u2019ils font\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9quivalent de cette demande dans le monde grec se trouve exprim\u00e9 par Socrate\u00a0: \u00ab\u00a0Nul n\u2019est m\u00e9chant volontairement\u00a0\u00bb. Camus est tr\u00e8s proche de bien des attitudes et des postures anciennes que nous gagnons \u00e0 r\u00e9entendre.<\/p>\n<figure class=\"align-center \"><img data-opt-id=141643961  fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" sizes=\"(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px\" srcset=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=445&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=445&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=445&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=559&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=559&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328433\/original\/file-20200416-192703-s3fg97.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=559&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w\" alt=\"\" \/><figcaption><span class=\"attribution\"><a class=\"source\" href=\"https:\/\/www.shutterstock.com\/fr\/image-illustration\/silhouette-man-who-jumps-over-rocks-306933065\">Yuriy2012<\/a><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<h2>Sur les accusations<\/h2>\n<p>Soulignons pr\u00e9cis\u00e9ment ce deuxi\u00e8me point de la citation de Camus\u00a0: \u00ab\u00a0Leur premi\u00e8re r\u00e9action, par exemple, fut d\u2019incriminer l\u2019administration.\u00a0\u00bb Camus anticipe ce que nous avons v\u00e9cu ou ce que nous sommes en train de vivre, qu\u2019il est vital de ne pas intensifier. Ce qui est fondamental dans cette observation, est l\u2019incons\u00e9quence en quoi consiste toute accusation lorsque l\u2019on est au pied du mur, quand l\u2019urgence est de r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir comment l\u2019on va sortir de la crise. Dans ce passage de La Peste, l\u2019on est encore dans un contexte de d\u00e9ni. Tant que le d\u00e9ni domine, le sentiment de l\u2019urgence \u00e0 agir n\u2019est pas, comme on vient de le voir, le premier qu\u2019on \u00e9prouve. Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019en temps de crise, l\u2019essentiel n\u2019est pas de trouver des coupables pour \u00ab\u00a0expliquer\u00a0\u00bb ce qui arrive, mais d\u2019identifier les probl\u00e8mes en les priorisant et de tout faire pour les r\u00e9soudre, et traverser la crise avec le moins de pertes possibles. \u00c0 tous \u00e9gards, notamment la perte du sens de ce que nous faisons.<\/p>\n<p>Nous retrouvons ici le probl\u00e8me de la \u00ab\u00a0perfection\u00a0\u00bb, ou de l\u2019extr\u00e9misme des attentes par quoi nous avons commenc\u00e9. L\u2019origine du mot \u00ab\u00a0accusation\u00a0\u00bb est r\u00e9v\u00e9latrice des enjeux que draine ce terme\u00a0: \u00ab\u00a0ac-cuser\u00a0\u00bb revient \u00e0 \u00ab\u00a0trouver la cause\u00a0\u00bb de quelque chose. Autrement dit, accuser c\u2019est expliquer, \u00ab\u00a0d\u00e9plier\u00a0\u00bb le r\u00e9el pour identifier comment est advenu tel ou tel \u00e9v\u00e9nement. Un monde qui cherche la perfection, qui exige et pr\u00e9suppose la perfection en tout, est un monde o\u00f9 aucune place n\u2019est laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9sitation, \u00e0 l\u2019erreur, \u00e0 la v\u00e9ritable recherche de solutions au c\u0153ur des circonstances, sur le fond de l\u2019ignorance irr\u00e9ductible \u00e0 une situation nouvelle. Si l\u2019on croit que tout un chacun est cens\u00e9 tout savoir et tout pouvoir au sujet de ce dont il ou elle est responsable \u2013 quel que soit le niveau de ces responsabilit\u00e9s \u2013, alors ne pas r\u00e9ussir devient une faute voire un scandale. Un monde qui pr\u00e9suppose que la perfection est \u00e0 la fois possible et r\u00e9elle, est un monde d\u2019accusations dans tous les sens, o\u00f9 tout le monde est coupable d\u2019imperfection.<\/p>\n<p>\u00c9videmment en particulier, bien que non exclusivement, l\u2019\u00ab\u00a0administration\u00a0\u00bb, ou celles et ceux qui sont cens\u00e9s garantir la s\u00e9curit\u00e9 et la paix civiles. Il ne s\u2019agit pas ici de dire que l\u2019administration qui est la n\u00f4tre en France fait tout bien. Il s\u2019agit de ne pas perdre de temps \u00e0 l\u2019incriminer, pour se consacrer au plus urgent et au plus important\u00a0: si nous voulons traverser la crise sanitaire avec le moins de d\u00e9g\u00e2ts possibles, et qu\u2019elle ne devienne pas une crise \u00e9conomique, sociale et politique mondiale, infiniment plus grave que la crise sanitaire elle-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 gravissime, alors il est de la responsabilit\u00e9 de chacune et chacun d\u2019orienter notre regard, solidairement, en direction de son d\u00e9passement. Outre les urgences sanitaires en tant que telles, l\u2019urgence est de cesser de regarder les poutres dans les yeux des voisins, et de red\u00e9finir sans cesse ensemble le m\u00e9tier de vivre.<\/p>\n<figure class=\"align-center \"><img data-opt-id=905478045  data-opt-src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png\"  decoding=\"async\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" old-srcset=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=506&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=506&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=506&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=636&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=636&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https:\/\/images.theconversation.com\/files\/328432\/original\/file-20200416-192744-z13p4g.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=636&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w\" alt=\"\" \/><figcaption><span class=\"attribution\"><a class=\"source\" href=\"https:\/\/www.shutterstock.com\/fr\/image-illustration\/abstract-silhouette-climber-helmet-sitting-on-309188870\">Yuriy2012<\/a><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<h2>Enraciner notre futur \u00e0 partir de l\u00e0 o\u00f9 nous sommes<\/h2>\n<p>Le caract\u00e8re d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la culture de la perfection appara\u00eet \u00e9galement lorsque l\u2019on consid\u00e8re le rapport actuel du monde \u00e9conomique aux \u00ab\u00a0innovations\u00a0\u00bb. En remarquant qu\u2019il n\u2019y a rien de plus banal \u00e0 notre \u00e9poque que de vouloir se diff\u00e9rencier en \u00ab\u00a0innovant\u00a0\u00bb \u2013 en particulier gr\u00e2ce aux \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb que permettent les nouvelles technologies, on peut remarquer \u00e9galement que le \u00ab\u00a0changement\u00a0\u00bb voire les \u00ab\u00a0transformations\u00a0\u00bb sont de plus en plus abord\u00e9es en pratique sur la base d\u2019un effort pour faire \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb du pass\u00e9 dans les organisations. La vectorisation du monde \u00e9conomique en direction du futur est autrement dit de plus en plus unilat\u00e9rale, et tout se passe la plupart du temps comme si aucune comp\u00e9tence pr\u00e9alable n\u2019existait, comme s\u2019il fallait tout inventer \u00e0 nouveaux frais, comme si notre pass\u00e9 ne nous \u00e9tait absolument de rien.<\/p>\n<p>Une telle posture largement dominante dans le monde \u00e9conomique est profond\u00e9ment probl\u00e9matique \u00e0 plusieurs titres, dont le moindre n\u2019est pas de faire \u00e9prouver aux travailleurs, aux employ\u00e9s, aux \u00e9quipes des organisations \u2013 qu\u2019elles soient publiques ou priv\u00e9es \u2013 un sentiment de nullit\u00e9 radical. Car s\u2019il fallait vraiment tout changer, et totalement, pour s\u2019orienter en direction d\u2019un avenir meilleur, ce serait donc que ce qui \u00e9tait fait jusqu\u2019ici n\u2019avait absolument aucune valeur et aucun sens.<\/p>\n<p>Outre l\u2019effet d\u00e9vastateur en termes de motivation et de reconnaissance des personnes et des comp\u00e9tences, cette posture rec\u00e8le en puissance des cons\u00e9quences catastrophiques. Ce qui est en train de se jouer au niveau mondial serait le passage \u00e0 un \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb fondamentalement structur\u00e9 par la puissance incontestablement dominante des technologies, \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb tour \u00e0 tour souhait\u00e9, fantasm\u00e9, craint, et syst\u00e9matiquement r\u00e9put\u00e9 in\u00e9luctable. Or, derri\u00e8re le caract\u00e8re in\u00e9luctable de l\u2019essor exponentiel des nouvelles technologies se nicherait de mani\u00e8re plus ou moins cach\u00e9e la disparition de l\u2019humanit\u00e9 tout court. L\u2019extr\u00e9misme revendiqu\u00e9 du transhumanisme radical r\u00eave d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 un point singulier du temps o\u00f9 \u00e0 la fois l\u2019intelligence artificielle deviendrait sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019humaine, et o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 vaincrait la mort.<\/p>\n<p>Plus pernicieux encore peut-\u00eatre, car plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, est le r\u00eave au quotidien de l\u2019inf\u00e9odation de nos soci\u00e9t\u00e9s aux technologies comme \u00ab\u00a0\u00e9videmment\u00a0\u00bb sup\u00e9rieures aux humains, sur le fond de l\u2019oubli que ce sont des femmes et des hommes qui inventent et fabriquent ces dites technologies tous domaines confondus. Est en jeu soit la disparition de l\u2019humanit\u00e9 telle que nous la connaissons jusqu\u2019ici, soit son inf\u00e9odation d\u00e9finitive aux technologies qu\u2019elle invente et fabrique.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que Camus est de nouveau indispensable. En \u00e9crivant L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9, qu\u2019il publie en 1951, et qu\u2019il attribue au m\u00eame cycle d\u2019\u0153uvres que La Peste, Camus est l\u2019un des tout premiers intellectuels, si ce n\u2019est le tout premier, \u00e0 identifier les proximit\u00e9s entre les r\u00e9volutions communiste et nazie. L\u2019argument central du livre consiste \u00e0 observer que d\u00e8s que nous humains, r\u00eavons \u00e0 quelque \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb que ce soit, lorsque nous nous mettons en demeure de rendre le r\u00eave r\u00e9el, nous provoquons l\u2019exact inverse, que Camus appelle les \u00ab\u00a0terrorismes d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ceci, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019horreur d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019un r\u00eave de \u00ab\u00a0puret\u00e9 et de perfection\u00a0\u00bb comme le r\u00eave de faire r\u00e9gner pour jamais une \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb aryenne suppos\u00e9e sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres, ou, et il est profond\u00e9ment douloureux de le constater, qu\u2019il s\u2019agisse du r\u00eave de supprimer d\u00e9finitivement la domination de l\u2019homme par l\u2019homme comme le dit le tr\u00e8s grand humaniste Karl Marx, laquelle suppression a abouti entre autres aux camps staliniens que Camus pressentait, et \u00e0 des r\u00e9gimes comme celui de Pol Pot dont malheureusement son livre anticipait l\u2019horreur. Or, qu\u2019ont eu de commun les r\u00e9volutions du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, si ce n\u2019est de r\u00eaver de faire \u00ab\u00a0table rase\u00a0\u00bb du pass\u00e9, pour cr\u00e9er un monde d\u00e9finitivement meilleur, enfin d\u00e9barrass\u00e9 de toute scorie, de toute imperfection, de toute \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb et de tout mal \u2013 quel que soit le contenu que l\u2019on donne au \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb en question.<\/p>\n<p>Il en est exactement de m\u00eame dans le monde o\u00f9 nous vivons, de mani\u00e8re cependant encore plus radicale et pernicieuse. Car c\u2019est au creux m\u00eame de ce que nous tenons pour du \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb, et \u00e9minemment celui des nouvelles technologies, au c\u0153ur de notre approbation fondamentale pour un monde meilleur voire parfait, d\u2019o\u00f9 la mort m\u00eame serait exclue, que se loge la posture qui pr\u00e9suppose que ce qui a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici n\u2019a aucune valeur pour l\u2019humanit\u00e9 en route vers son futur, et qu\u2019il faut \u0153uvrer \u00e0 une \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb de tous les probl\u00e8mes pourtant d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cus, affront\u00e9s, r\u00e9solus ou surpass\u00e9es par des femmes et des hommes. Or, cette \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb qui ne dit pas son nom consiste en effet \u00e0 \u00e9liminer l\u2019humanit\u00e9 telle qu\u2019elle fut jusqu\u2019ici au profit d\u2019une \u00ab\u00a0post-humanit\u00e9\u00a0\u00bb nouvelle, id\u00e9alement pure et parfaite. La diff\u00e9rence fondamentale entre l\u2019id\u00e9ologie nazie et cette perspective, est qu\u2019\u00e0 ce compte, ce serait l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re qui serait non conforme et qu\u2019il faudrait supprimer pour acc\u00e9der enfin \u00e0 un bonheur pur et total.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il y a d\u2019infiniment dangereux dans cette r\u00e9volution suppl\u00e9mentaire en cours est d\u2019une part qu\u2019elle se joue avec le consentement croissant d\u2019une humanit\u00e9 manquant de l\u2019\u00e9ducation n\u00e9cessaire pour prendre distance avec la fascination provoqu\u00e9e par les nouvelles technologies. D\u2019autre part, parce qu\u2019\u00e9tant le fait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019une \u00e9conomie mondialis\u00e9e, une telle r\u00e9volution conduirait si on la laisse se faire, \u00e0 un terrorisme qui ne serait plus un terrorisme d\u2019\u00c9tat, encore localis\u00e9 et contre lequel l\u2019on pourrait lutter, mais \u00e0 un terrorisme mondial d\u2019entreprises priv\u00e9es plus puissantes que tous les \u00c9tats du monde. Un terrorisme mondial qu\u2019il serait impossible de fuir. Nous serions alors tr\u00e8s proches de la plus grande des tyrannies pressentie par les anciens et en particulier Platon, lorsqu\u2019ils mettent en garde contre le volontarisme s\u2019agissant de politique (voir par exemple <em>La r\u00e9publique<\/em>, fin du Livre IX).<\/p>\n<p>Camus, tr\u00e8s proche dans son diagnostic de cette prudence des anciens Grecs, plaide pour une posture fondamentalement humaine de \u00ab\u00a0r\u00e9volte\u00a0\u00bb permanente, au c\u0153ur de l\u2019inach\u00e8vement irr\u00e9ductible de toute chose. Adopter une telle posture faite d\u2019humilit\u00e9, d\u2019\u00e9coute et d\u2019essais, plut\u00f4t que d\u2019orgueil, de certitude et d\u2019efficacit\u00e9 en direction d\u2019on ne sait quoi, reviendrait \u00e0 vivre de nouveau ce que furent temp\u00e9rance et mod\u00e9ration pour les Grecs. On peut supposer si ce n\u2019est esp\u00e9rer qu\u2019au travers m\u00eame de son horreur, la crise du coronavirus nous r\u00e9apprenne une telle posture.<!-- Ci-dessous se trouve le compteur de pages de The Conversation. 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Lire l\u2019article original. &nbsp; Pour aborder la crise actuelle, l&#8217;humilit\u00e9 est de mise. 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